Sur les rails,

Nous quittons Cuzco par le train, afin de rallier notre dernière étape : le lac Titicaca. C’est toujours un bonheur d’embarquer à bord de ces trains d’un autre temps, ouverts sur l’extérieur, où le confort ne se limite pas comme chez nous au mot « vitesse ». Ici, on prend le temps de vivre, d’un café dans une vraie tasse en porcelaine…
On parle, on échange, bref, on voyage. Après un arrêt symbolique à Raya, point culminant du trajet à 4335 mètres d’altitude, on repart à travers les paysages grandioses de l’Altiplano, comme un livre grandeur nature que l’on parcourt lentement, page après page, en espérant secrètement qu’il ne se referme jamais. Ce train bleu, où cuivres et vernis se conjuguent pour créer une atmosphère chaleureuse et surannée, nous conduit jusqu’à Puno.
Sur la rive occidentale du lac Titicaca, cette ville la plus élevée du Pérou, à près de 4 000 mètres d’altitude. Fondée en 1666, elle fut l’une des cités les plus prospères de la colonisation espagnole grâce à l’exploitation des mines d’argent toutes proches. Elle est aujourd’hui l’agglomération la plus importante sur l’Altiplano péruvien avec 80 000 habitants. Si la plupart des villages andins sont peuplés d’Indiens quechuas, nous sommes, ici, au pays des Aymaras. D’abord vaincus par les Incas, ces derniers ont ensuite subi la colonisation espagnole. C’est peut-être grâce à cette rencontre de civilisations que Puno est considérée comme la capitale du folklore péruvien : selon les fêtes, on y exécute près de 300 danses différentes accompagnées par une multitude d’instruments, du tinya (tambourin) au piruru (flûte façonnée dans un os d’aile de condor).
A quelques kilomètres, sur une presqu’île, nous découvrons les vestiges d’une autre civilisation : les Coyas, groupe ethnique de la culture Tihuanaco qui domina la région du Titicaca avant d’être intégrée à l’Empire inca. Là, se dressent de curieuses tours funéraires : les chulpas de Sillustani dont la plus imposante mesure douze mètres. Elles furent édifiées au XIIIe siècle. Tout ces peuples et ces cultures ont bien sûr été influencés par celui que nous sommes venus découvrir : le lac. Déjà sur les quais, la silhouette de vieux vapeurs dans une lumière d’une pureté extraordinaire invite au voyage sur cette mer intérieur qui sépare le Pérou et la Bolivie.